Un pont dans deux directions : Inviter la communauté LGBT et l’Eglise catholique à s’accueillir mutuellement avec respect, compassion et délicatesse

(photographie : CNS/Matteo Bazzi, EPA)

La relation entre la communauté LBGT et l’Eglise catholique aux Etats-Unis a été par moments tumultueuse et tendue, et à d’autres accueillante et chaleureuse. A l’origine de cette tension, un manque de communication et, malheureusement, de confiance. Il nous faut un pont entre cette communauté et l’Eglise.

Je vous invite à un parcours avec moi sur ce pont. A cette fin, je voudrais réfléchir à un mouvement de l’Eglise en direction de la communauté LGBT et à un mouvement dans la direction opposée. Et cela, parce que les ponts conduisent les hommes dans les deux directions.

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Comme vous le savez, le Catéchisme de l’Eglise Catholique affirme que les catholiques sont appelés à traiter les personnes homosexuelles avec « respect, compassion et délicatesse » (art. 2358).

Comment comprendre cette affirmation ? Méditons sur cela et sur une autre question également : comment la communauté LGBT peut-elle traiter l’Eglise avec « respect, délicatesse et compassion » ? Bien sûr, les catholiques LGBT font partie de l’Eglise et donc, dans un sens, ces deux questions peuvent faire croire à une fausse opposition. L’Eglise est la totalité du peuple de Dieu et il est étrange de débattre sur la manière dont le peuple de Dieu peut être en relation avec une partie de lui-même. Alors, à la manière jésuite, je vais définir les termes du débat. Quand je me réfère à l’Eglise, je pense à l’Eglise comme institution, à savoir le Vatican, la hiérarchie, les autorités de l’Eglise et le clergé.

Dans une première direction

Franchissons ce pont dans sa première direction, celle de l’Eglise institutionnelle vers la communauté LGBT et réfléchissons à ces notions de « respect, compassion et délicatesse ».

Respect. Comment l’Eglise peut-elle respecter la communauté LGBT ?

En premier lieu, le respect consiste à reconnaître que la communauté LGBT existe, car toute communauté désire être reconnue. Il consiste également à reconnaître que la communauté LGBT apporte des dons uniques à l’Eglise, comme toute communauté.

Reconnaître l’existence de catholiques LGBT a des conséquences considérables dans la vie de l’Eglise. Cette existence implique le développement d’une pastorale propre, ce que certains diocèses et paroisses ont déjà commencé. Ce pourraient être des messes célébrées avec des groupes LGBT, le soutien d’initiatives diocésaines et paroissiales en direction de cette communauté ou, plus globalement, des propositions pour aider les catholiques LGBT à se sentir aimés et partie intégrante de l’Eglise.

Certains catholiques pourraient reprocher à de telles initiatives d’être un chèque en blanc aux faits et gestes de n’importe quel membre de la communauté LGBT. C’est une objection injuste car elle n’est posée avec aucun autre groupe. Par exemple, si un diocèse soutient une initiative pour des dirigeants catholiques, cela ne signifie pas que le diocèse approuve toutes les valeurs du monde de l’entreprise aux Etats-Unis. Ou que l’Eglise bénit les faits et gestes de n’importe quel dirigeant. Personne ne l’imagine. Pourquoi ? Parce que tout le monde comprend que le diocèse essaie d’aider une communauté à se sentir davantage liée à leur Eglise, à l’Eglise à laquelle ils appartiennent en vertu de leur baptême.

Ensuite, respecter quelqu’un exige de l’appeler comme il souhaite être appelé. Sur un plan personnel, si quelqu’un vous annonce : « Je préfère être appelé Jim plutôt que James », naturellement, vous respecterez cela. C’est une question de politesse. Et c’est la même chose au niveau d’un groupe. Personne ne parle plus des « Nègres ». Pourquoi ? Parce que ce groupe se sent plus à l’aise avec d’autres appellations : « Afro-américains » ou « Black ». Dernièrement, on m’a dit qu’il valait mieux dire « une personne handicapée » plutôt qu’ « un handicapé ». Et c’est ce que je vais faire. Pourquoi ? Parce que c’est témoigner du respect que d’appeler les gens comme ils le souhaitent. Tout le monde a le droit d’être appelé par son nom.

Ce n’est pas un détail. Dans les traditions juives et chrétiennes, les noms ont une importance. Dans l’Ancien Testament, Dieu donne à Adam et Eve l’autorité de nommer les créatures (Gn 2, 18-23). Dieu renomme également Abram en Abraham (Gn 17, 4-6). Les noms dans l’Ancien Testament marquent l’identité de la personne ; connaître le nom de quelqu’un signifie qu’on le connaît. Quand Moïse demande à Dieu son nom, ce dernier lui dit : « Je suis celui qui est ». En d’autres mots, cela ne te regarde pas (Ex 4, 14) ! Saul, le persécuteur de chrétiens, devient Paul. Les noms ont toujours une importance dans l’Eglise aujourd'hui. La première question qu’un prêtre ou un diacre demande aux parents d’un enfant est : « quel nom donnez-vous à cet enfant ? »

Les noms ont une importance. Par conséquent, les responsables de l’Eglise sont invités à être attentifs à leur manière de nommer la communauté LGBT et d’abandonner des expressions comme « souffrant d’une attirance pour une personne du même sexe », qu’aucun membre LGBT n’utilise, et même « personne homosexuelle » qui a une résonance trop clinique pour certains. Je ne recommande pas une appellation en particulier, même si « gay et lesbien », « LGBT » et « LGBTQ » sont les plus communs. Je dis seulement que les personnes ont le droit de choisir comment elles sont appelées. Employer ces noms est une marque de respect. Et si le pape François peut utiliser le terme « gay », le reste de l’Eglise peut le faire aussi.

Enfin, respecter les personnes LGBT implique de les considérer comme les enfants aimés de Dieu et de le leur dire. L’Eglise est particulièrement appelée à proclamer l’amour de Dieu pour ceux qui se sentent parfois comme des objets abîmés, indignes de ministère voire comme des sous-hommes, que ce soit par leurs familles, par leurs voisins ou par des responsables religieux. L’Eglise est appelée à la fois à proclamer et à démontrer que les personnes LGBT sont des enfants aimés de Dieu.

De plus, ces personnes aimées de Dieu possèdent des dons, en tant que personnes et en tant que communauté. Ces dons contribuent au développement de l’Eglise de manière unique, ainsi que St Paul nous le dit quand il compare le peuple de Dieu à un corps humain (1 Co 12, 14-27). Chaque partie du corps est importante : la main, l’œil, le pied. Prenons un moment pour penser aux dons apportés par des catholiques LGBT qui travaillent dans des paroisses, des écoles, des chancelleries, des centres spirituels, des hôpitaux et des centres sociaux. J’en témoigne personnellement : les responsables de musique liturgique les plus doués que j’ai connus comme jésuite pendant trente années étaient gays, ils apportaient une joie incroyable à leur paroisse. Et ils comptent parmi les personnes les plus joyeuses que je connaisse dans l’Eglise.

Au passage, j’ai le cœur brisé par cette tendance, dans certains lieux d’Eglise, de licencier des hommes et des femmes LGBT. Bien sûr, les institutions ecclésiales ont l’autorité nécessaire pour demander à leurs employés de suivre l’enseignement de l’Eglise. Le problème vient que cette autorité est appliquée très sélectivement. Tous les licenciements des dernières années concernaient des personnes homosexuelles. Précisément, ces licenciements concernaient la plupart du temps des employés qui avaient conclu un mariage avec une personne de même sexe, ce qui est contre l’enseignement de l’Eglise, et dont un des partenaires avait un rôle public dans l’Eglise.

Mais si l’adhésion à l’enseignement de l’Eglise devient un critère d’embauche dans les institutions catholiques, alors les diocèses et les paroisses doivent être cohérents. Est-ce que l’on licencie une personne hétérosexuelle parce qu’elle a divorcé puis s’est remariée sans annulation du sacrement de mariage ? Une telle union va à l’encontre de l’enseignement de l’Eglise. En fait, le divorce est quelque chose que Jésus lui-même a interdit. Est-ce que l’on licencie quelqu’un qui a eu un enfant hors du mariage ? Et que fait-on des personnes en concubinage ? Toutes ces situations vont aussi à l’encontre de l’enseignement de l’Eglise.

Et que faire avec ceux qui ne sont pas catholiques ? Si l’on renvoie un employé en désaccord ou désobéissance avec l’enseignement de l’Eglise, faut-il renvoyer ceux qui sont protestants parce qu’ils ne reconnaissent pas l’autorité du pape ? C’est un enseignement très important. Faut-il licencier les employés unitariens à cause de leur refus de croire en la Trinité ? Est-ce que nous faisons tout cela ? Non. Pourquoi pas ? Parce que nous choisissons l’enseignement de l’Eglise qui a de l’importance pour nous.

De plus, demander aux employés d’institutions catholiques d’adhérer à l’enseignement de l’Eglise revient, ni plus ni moins, à leur demander d’adhérer à l’Evangile. Par souci de cohérence, il nous faudrait renvoyer tous ceux qui n’aident pas les pauvres, qui ne pardonnent pas et qui ne sont pas aimants. Cela semble peut-être bizarre mais pourquoi pas ? L’enseignement de Jésus est le plus important des « enseignements de l’Eglise ».

Cette focalisation des licenciements visant des personnes homosexuelles constitue pour moi, selon les termes du catéchisme de l’Eglise catholique, une « marque de discrimination injuste » (n° 2358), c’est quelque chose à éviter. La revue America [un hebdomadaire catholique] a publié un éditorial à ce sujet : « La grande visibilité de ces licenciements combinée à un apparent manque d’avertissement et à l’absence de politique comparable pour des employés en couple hétérosexuel constitue une ‘marque de discrimination injuste’ et l’Eglise aux Etats-Unis devrait en faire plus pour les éviter. »

Revenons-en aux dons de la communauté LGBT. L’Eglise dans sa totalité est invitée à méditer combien les catholiques LGBT ont contribué au développement de l’Eglise par leur présence, de la même manière que les personnes âgées, les adolescents, les femmes, les personnes handicapées, les différents groupes ethniques ou autres participent au développement d’une paroisse ou d’un diocèse. Bien qu’il soit mauvais de généraliser, il est possible de se demander : quels sont ces dons ?

La plupart des personnes LGBT ont souffert, dès leur plus jeune âge, d’incompréhension, de préjugés, de haine, de discrimination et même de violence, et par conséquent elles ressentent souvent une compassion naturelle envers ceux qui sont aux marges. La compassion est un don. On leur a souvent fait sentir qu’elles n’étaient pas les bienvenus dans leurs paroisses et leur Eglise, mais elles ont persévéré grâce à la vigueur de leur foi. La persévérance est un don. Ils ont souvent pardonné au clergé et à d’autres employés d’institutions catholiques qui les traitent comme des biens abîmés. Le pardon est un don. La compassion, la persévérance, le pardon sont tous des dons.

Permettez-moi d’ajouter un autre don : le célibat de prêtres et frères gays, la chasteté de religieux et de religieuses qui sont gays ou lesbiennes. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ces personnes ne parlent pas publiquement de leur sexualité. Ce sont des personnes discrètes ; leur évêque ou leur supérieur leur demande de ne pas en parler ; eux-mêmes sont mal à l’aise avec leur sexualité ; ou encore ils craignent des représailles de la part de leurs paroissiens. Pourtant beaucoup d’entre eux sont saints et travaillent dur, vivent de leur promesse de célibat ou de leur vœu de chasteté et aident l’Eglise à se développer. Ils se donnent entièrement à l’Eglise. Ils sont eux-mêmes un don.

Voir et nommer ces dons aide à respecter nos frères et sœurs LGBT.

Compassion. Comment l’Eglise peut-elle montrer de la compassion pour les hommes et femmes LGBT ? Compatir signifie « partager la vie, souffrir avec ». Comment l’Eglise institutionnelle, la hiérarchie, peut-elle non seulement respecter les catholiques LGBT, mais aussi être avec eux, partager leur vie voire souffrir avec eux ?

La première chose à faire est d’écouter. Il est presque impossible de partager la vie de quelqu’un ou d’éprouver de la sympathie pour quelqu’un si vous n’écoutez pas la personne, si vous ne posez pas de questions. Celles que pourraient poser des responsables catholiques à leurs frères et sœurs LGBT pourraient être : A quoi ressemble votre vie aujourd'hui ? Comment était-ce de grandir en tant que garçon gay, fille lesbienne ou personne transgenre ? Comment avez-vous souffert ? Quelles sont vos joies ? Mais aussi : quelle est votre expérience de Dieu ? Quelle est votre expérience de l’Eglise ? Quels sont vos espoirs ? Vos prières ? Afin que l’Eglise éprouve de la compassion, nous avons besoin d’écouter.

Les responsables de l’Eglise doivent aussi soutenir leurs frères et sœurs LGBT quand ils sont persécutés. Dans de nombreuses parties du monde, les personnes LGBT risquent de subir, pour citer encore le catéchisme, des conséquences terribles d’une « discrimination injuste » : les préjugés, la violence, voire même le meurtre. Dans certains pays, on peut être emprisonné parce que l’on est gay ou parce que l’on a une relation intime avec une personne de même sexe, on peut être assassiné parce que l’on est une figure publique gay. Dans ces pays, l’Eglise institutionnelle a le devoir moral de soutenir publiquement ses frères et sœurs. Rappelez-vous que le catéchisme affirme que toute « marque d’une discrimination injuste » doit être évitée. Cela fait partie de la tâche d’un disciple de Jésus-Christ. Si vous doutez de cela, relisez la parabole du bon Samaritain (Lc 10, 25-37).

Plus proche de nous, quelle serait la portée pour l’Eglise aux Etats-Unis de déclarer, quand cela est nécessaire, qu’il est injuste de traiter la communauté LGBT de cette manière ? Les responsables catholiques publient régulièrement des déclarations pour défendre, légitimement, les réfugiés et les migrants, les pauvres, les SDF, les enfants à naître. Voilà une manière de soutenir des personnes : en étant avec elles, quitte à prendre sur soi la colère ou la haine qu’ils reçoivent.

Où sont les déclarations en faveur de nos frères et sœurs LGBT ? Quand je pose la question, certains rétorquent : « Vous ne pouvez pas comparer la situation des réfugiés et celle des personnes LGBT ». J’ai travaillé avec des réfugiés en Afrique de l’Est, je sais que c’est vrai. Cependant, il ne faut pas ignorer le taux de suicide excessivement élevé chez les jeunes LGBT et que les personnes LGBT sont proportionnellement plus touchées par des crimes haineux qu’aucune autre minorité de ce pays. Au lendemain du massacre d’Orlando, en plein deuil de la communauté LGBT, j’ai été découragé par le peu de soutien immédiat de la part des évêques. Certains l’ont fait, bien sûr. Mais imaginons, Dieu nous en garde, qu’un attentat similaire ait touché une paroisse méthodiste. Les évêques auraient probablement affirmé qu’ils se trouvaient aux côtés de leurs frères et sœurs méthodistes. Pourquoi cela n’a pas été le cas à Orlando ? Cela me semble une incapacité à compatir, à vivre avec, à souffrir avec. Orlando nous invite tous à méditer cela.

Nous n’avons pas à chercher bien loin un modèle à suivre. Dieu l’a fait pour nous tous, en Jésus. Le début de l’évangile de Jean nous dit que « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). Le texte original en grec est plus expressif : le Verbe s’est fait chair et « il a planté sa tente parmi nous » (eskenosen en hemin). N’est-ce pas superbe ? Dieu est entré dans notre monde pour vivre au milieu de nous. C’est ce que Jésus a fait. Il a vécu parmi nous. Il s’est tenu de notre côté. Il est même mort comme nous. Voilà ce que l’Eglise est appelée à vivre avec tous les groupes en marge, comme le pape François nous l’a rappelé, y compris avec les catholiques LGBT : partager l’expérience de leur vie et souffrir avec eux.

Nous sommes aussi appelés à nous réjouir avec eux ! Parce que Jésus est venu partager l’intégralité de notre existence, pas seulement nos peines. Les personnes LGBT, malgré les discriminations, partagent les joies de la condition humaine. Pouvez-vous vous réjouir avec vos frères et sœurs LGBT ?

Délicatesse. Comment l’Eglise institutionnelle peut-elle témoigner de la délicatesse (sensitivity) envers les personnes LGBT ? C’est un mot magnifique qu’utilise le catéchisme. Un dictionnaire américain [Merriam-Webster] définit la sensivity comme « la perception ou la compréhension des sentiments d’autres personnes ». Cela fait partie de l’appel du pape François pour l’Eglise à « la sortie de soi » et à « l’accompagnement ».

Pour commencer, il est presque impossible de connaître à distance les sentiments de quelqu’un. Vous ne pouvez connaître ce que ressent une communauté si vous ne la connaissez pas. Vous ne pouvez témoigner de délicatesse à la communauté LGBT seulement par des documents doctrinaux, des prêches ou des tweets, sans les connaître. Une raison pour laquelle l’Eglise institutionnelle a des difficultés avec la sensibilité vient, d’après moi, de leur peu de connaissance de personnes gays et lesbiennes. On pourrait sourire et répondre que ces responsables connaissent vraiment des personnes homosexuelles : les prêtres et les évêques dont orientation homosexuelle n’est pas publique. Cependant, mon argument va plus loin. La plupart des responsables catholiques ne connaissent pas de personne LGBT dont l’orientation sexuelle est publique. Ce manque de proximité et d’amitié fait qu’il leur est plus difficile d’être en sympathie avec eux. Comment être sensible à une situation si vous ne la connaissez pas ? La hiérarchie est donc invitée à les connaître en tant qu’amis.

Le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, nous a rappelé cela durant le synode des évêques sur la famille, quand il a évoqué un couple gay qu’il connaissait et qui a transformé sa compréhension des personnes LGBT. Il a même témoigné de l’admiration pour ces unions de même sexe : « chacun partage la vie de l’autre, ses joies et ses souffrances, chacun aide l’autre. Nous devons reconnaître que chacun a effectué une avancée importante pour lui et pour les autres, même si, bien sûr, ce n’est pas une situation que l’Eglise considère comme régulière. » Il a également contredit la décision d’un prêtre de son diocèse : ce dernier avait refusé la présence au conseil paroissial d’un homme marié à un autre homme. Ainsi, le cardinal Schönborn a soutenu cet homme. Cette décision a été nourrie de son expérience, de sa connaissance et de son amitié avec des personnes LGBT. Le cardinal a simplement affirmé : « nous devons accompagner ».

A travers cet exemple, comme en toute chose, Jésus est notre modèle. Quand Jésus rencontre les personnes aux marges, il ne voit pas une catégorie mais une personne. Pour être clair, je ne dis pas que la communauté LGBT devrait être ou se sentir marginalisée. En réalité, je pense que beaucoup de ces personnes se sentent marginalisées à l’intérieur de l’Eglise. On les voit comme « autre », alors que pour Jésus, il n’y a pas d’ « autre ».

Jésus voyait au-delà des catégories ; il rencontrait les personnes là où elles se trouvaient et les accompagnait. Dans l’évangile de Luc, quand il rencontre un centurion romain qui demande la guérison de son serviteur, Jésus ne le traite pas d’abord de « païen » ! Au contraire, il voit en lui un homme dans le besoin (Lc 7, 1-10). Plus loin dans ce même évangile, Jésus rencontre Zachée, le responsable de la collecte des impôts à Jéricho, un homme considéré comme le pire pécheur de la région, il ne l’a pas traité de pécheur. Au contraire, il voit en lui une personne désireuse de le rencontrer (Lc 19, 1-10). Jésus avait le désir d’être avec ces personnes, de les soutenir et de rentrer en amitié avec elles.

L’objection habituelle est la suivante : « Non, Jésus leur a toujours demandé, avant toute chose, de ne pas pécher ! » Nous ne pourrions pas entrer en relation avec les personnes gays parce qu’elle sont en état de péché, et si nous le faisions, la première chose à faire serait de leur demander d’arrêter de pécher.

Néanmoins, le plus souvent, ce n’est pas la manière de procéder de Jésus. Dans l’histoire de Zachée, Jésus aperçoit d’abord le collecteur d’impôt perché sur un sycomore, en train d’essayer de voir Jésus. Ce dernier lui annonce qu’il va venir dîner chez Zachée, un signe d’accueil dans la Palestine du Ier siècle, avant le moindre geste ou la moindre parole de Zachée. Zachée est amené à se convertir par la suite, à lui promettre de rembourser tous ceux qu’il avait volés. De la même manière, avec le centurion romain, Jésus ne reproche pas à l’homme d’être païen ; au contraire, il loue sa foi et guérit son serviteur. Pour Jésus, le plus souvent, c’est d’abord la communion puis la conversion.

Le pape y a fait allusion dans une récente conférence de presse. « Les personnes doivent être accompagnées, de la même manière que Jésus a accompagné. Quand une personne dans cet état se présente à Jésus, il ne lui dira probablement pas : ‘Va-t’en parce que tu es homosexuel’ ».

La délicatesse en tant que sensibilité est fondée sur la rencontre, l’accompagnement et l’amitié. Où est-ce que cela nous mène ? Au second sens du mot, une attention élevée à ce qui pourrait offenser. Nous montrons de la délicatesse à la situation des personnes et de la délicatesse à ce qui pourrait offenser.

Une manière de montrer de la délicatesse est de faire attention à notre langage. Certains évêques nous ont déjà appelé à ne plus employer l’expression « intrinsèquement désordonné » pour décrire le désir homosexuel (ce que fait le catéchisme au n° 2358). Cette expression se réfère à l’orientation et non à la personne, mais reste inutilement douloureux. Affirmer que la partie la plus intime d’un être, la partie qui donne et reçoit de l’amour, est « désordonnée » en tant que telle est inutilement cruel. Mettre de côté cette expression a été discuté durant le dernier synode sur la famille, selon plusieurs organes de presse. Plus récemment, un évêque australien, Vincent Long Van Nguyen, a déclaré : « nous ne pouvons parler de l’intégrité de la création, de l’amour universel et inclusif de Dieu, et en parallèle collaborer avec les forces qui oppriment les minorités ethniques, les femmes et les personnes homosexuelles… Cela ne passe pas avec des jeunes, surtout lorsque nous prétendons traiter les personnes homosexuelles avec amour et compassion tandis que nous définissons leur sexualité comme « intrinsèquement désordonnée ».

Traiter les personnes avec délicatesse revient à comprendre cela.

L’autre direction

A présent, franchissons notre pont dans l’autre direction : celle qui va de la communauté LGBT à l’Eglise institutionnelle. Comment la communauté LGBT peut-elle traiter l’Eglise avec « respect, compassion et délicatesse » ?

Dans l’Eglise, c’est la hiérarchie qui possède le pouvoir institutionnel. Elle a le pouvoir d’autoriser quelqu’un à recevoir les sacrements, de permettre ou d’interdire à un prêtre de célébrer les sacrements, de créer ou de supprimer un ministère diocésain ou paroissial, de laisser des personnes garder leur emploi dans des institutions catholiques, etc. Mais la communauté LGBT a du pouvoir également. Les médias occidentaux ont une sympathie croissante pour la communauté LGBT, plus que pour l’Eglise comme hiérarchie. C’est une sorte de pouvoir. Pourtant, dans l’Eglise institutionnelle, c’est la hiérarchie qui est en position de pouvoir.

Les catholiques LGBT sont appelés à traiter ceux qui sont au pouvoir avec « respect, délicatesse et compassion ». Pourquoi ? Parce qu’ainsi que je l’ai mentionné, c’est un pont dans deux directions. Et surtout, parce que les catholiques LGBT sont chrétiens, et que ces vertus expriment l’amour chrétien. Ces vertus édifient la communauté tout entière.

Respect. Comment la communauté LGBT peut-elle montrer du respect à l’Eglise ? Ici, je parle en particulier du pape et des évêques, c’est-à-dire la hiérarchie, et plus largement, le magisterium, l’autorité d’enseignement dans l’Eglise.

Les catholiques croient que les évêques, les prêtres et les diacres reçoivent à leur ordination la grâce d’un ministère particulier de leadership. Nous croyons aussi que les évêques possèdent une autorité reçue des Apôtres. C’est ce que nous voulons dire quand nous professons notre foi en une « Eglise apostolique » le dimanche à la messe. Enfin, nous croyons que le Saint Esprit inspire et guide l’Eglise. Tout cela advient par le peuple de Dieu, lequel, comme l’indique le concile Vatican 2, est imprégné de l’Esprit ; mais cela advient aussi par le pape, les évêques et le clergé en vertu de leur ordination et de leur charge.

C’est pour cela que l’Eglise institutionnelle (les papes et les conciles, les archevêques et les évêques) s’exprime avec autorité dans son rôle d’enseignement. Tous ne parlent pas avec le même degré d’autorité (nous en parlerons davantage par la suite), mais les catholiques doivent attentivement prendre en considération ce qu’ils enseignent. A cette fin, nous sommes appelés à les écouter. Leur enseignement mérite notre respect.

Donc, en premier lieu, écouter. Sur tous les sujets, pas seulement les sujets LGBT. Les évêques parlent avec autorité et puisent leurs propos dans la tradition. Quand ils s’expriment sur l’amour, le pardon, la miséricorde et l’attention aux plus pauvres et aux marginalisés, les enfants à naître, les sans-domiciles, les prisonniers, les réfugiés, ils ne le tirent pas seulement de l’Evangile, mais aussi du trésor spirituel de la tradition de l’Eglise. Parfois, notamment sur des questions de justice sociale, vous pouvez trouver qu’ils vous stimulent avec une sagesse que vous n’entendez nulle part ailleurs.

Et lorsqu’ils parlent de sujets LGBT d’une façon que vous n’approuvez pas, qui vous met en colère, ou qui vous blesse, écoutez tout de même. Demandez-vous : « Que disent-ils ? Pourquoi disent-ils cela ? Qu’est-ce qu’il y a derrière leurs mots ? » Ecoutez, réfléchissez, priez et bien sûr usez de votre conscience.

Au-delà de ce que vous pouvez appeler un respect en tant que chrétien, la hiérarchie catholique mérite d’être respectée comme tout être humain. J’ai souvent le cœur serré quand j’entends parler des évêques par certains catholiques LGBT et leurs soutiens. En privé et en public. Récemment, un groupe LGBT, suite à la déclaration des évêques sur le mariage entre personnes de même sexe ont réclamé que les évêques arrêtent d’être « enfermés dans leur tour d’ivoire ». J’ai pensé : « Vraiment ? Vous dites cela aussi pour les évêques de diocèses pauvres ? A des évêques qui servent personnellement les pauvres, qui gèrent des paroisses en banlieue, qui financent des écoles, qui forment des jeunes défavorisés et qui dirigent des structures caritatives ? » Vous pouvez être en désaccord avec les évêques, mais ce genre de langage n’est pas seulement irrespectueux, il est aussi injuste.

Plus sérieusement, les catholiques LGBT et leurs alliés ironisent sans miséricorde sur la promesse de célibat des évêques, leur résidence et même leurs vêtements. Certains diffusent des photographies d’évêques en ornement liturgique élaboré pour sous-entendre qu’ils sont efféminés, hypocrites ou des homosexuels refoulés. La communauté LGBT veut-elle vraiment agir de cette manière ? Est-ce que des hommes homosexuels veulent vraiment traiter des évêques d’efféminés alors qu’eux-mêmes ont été ainsi traités dans leur jeunesse ? N’est-ce pas reproduire la haine que l’on a reçue ? Comment peut-on accuser un évêque de ne pas respecter la communauté LGBT sans leur accorder du respect ? Reproche-t-on à quelqu’un son attitude non-chrétienne en faisant de même ?

C’est peut-être quelque chose de difficile à entendre quand on se sent rejeté par l’Eglise. Mais respecter des personnes avec lesquelles vous êtes en désaccord n’est pas seulement une attitude chrétienne. Même d’un point de vue humain, c’est une bonne stratégie. Si vous voulez sincèrement influencer le regard de l’Eglise sur les sujets LGBT, gagner sa confiance vous aidera. Et une manière de le faire passera par le respect. La démarche chrétienne et le bon sens vous diront la même chose : respectez-les.

Compassion. Comment montrer de la compassion pour la hiérarchie ?

D’abord, rappelons-nous la définition de la compassion : « partager la vie, souffrir avec quelqu’un ». Cela commence par la connaissance de ce que vivent les personnes. Alors, la compassion envers la hiérarchie est une compréhension réelle, ressentie, de ce que vivent ces personnes.

Dans ma vie comme prêtre jésuite, j’ai rencontré de nombreux cardinaux, archevêques et évêques. Et un certain nombre que je considère comme des amis. Tous ceux que j’ai rencontrés étaient bons, travailleurs et spirituels ; beaucoup d’entre eux ont été très gentils avec moi, et sont de loyaux enfants de l’Eglise essayant d’accomplir le ministère pour lequel ils ont été ordonnés.

De nos jours, en plus du « triple ministère » d’enseigner, de gouverner et de sanctifier (enseigner l’Evangile, gouverner le diocèse et célébrer les sacrements), les évêques doivent encore : (a) gérer les répercussions financières, juridiques et émotionnelles suite aux abus sexuels du clergé, généralement des situations dans lesquelles ils n’avaient aucune responsabilité directe ; (b) maintenir des prêtres en paroisses dans un contexte de crise des vocations sacerdotales et religieuses ; (c) choisir quelles paroisses et écoles fermer ou renforcer suite aux plaintes et aux manifestations de paroissiens, voisins, étudiants et anciens étudiants ; (d) trouver des financements pour quasi chacune des institutions de leur diocèse, y compris des écoles, des hôpitaux, des maisons de retraite pour prêtres âgés et des structures caritatives ; (e) et enfin répondre à des plaintes de catholiques furieux sur tous les sujets que vous pouvez imaginer : les abus liturgiques à la messe, les commentaires déplacés durant une homélie, les articles qui déplaisent dans le journal diocésain, voire même un catholique recevant une récompense de la part d’un groupe qu’ils n’aiment pas !

La compassion nous mène vers une plus grande égalité du cœur. Comme avoir conscience que des responsables dans l’Eglise peuvent avoir des difficultés personnelles. Ils peuvent être homosexuels, avoir connu les mêmes brimades que la plupart des personnes LGBT et être entrés dans un monde religieux qui semble leur apporter un peu de sécurité et d’intimité. Cela ne peut constituer la seule raison pour entrer dans un séminaire ou un noviciat, mais cela a pu être un des facteurs d’une telle vocation : une certaine intimité, une manière de servir Dieu sincèrement sans avoir à reconnaître sa sexualité. Certains partagent encore cette vision, même si, depuis quelques décennies, la vérité de son orientation sexuelle est devenue plus acceptable et moins terrifiante. Ils perçoivent une haine envers les gays et les lesbiennes, une haine qui ne date pas d’hier, conjuguée à l’impossibilité d’accepter une partie intime d’eux-mêmes. Les catholiques LGBT sont donc invités à compatir et à prier pour leurs frères, même si leur passé les conduit parfois à se conduire comme si ces derniers étaient leurs ennemis.

Nous sommes invités à voir ces évêques dans leur humanité, dans leur complexité et dans la pesanteur de leur ministère. La compassion passe par là.

Maintenant, de nombreuses personnes LGBT ont le sentiment que l’Eglise institutionnelle, à travers quelques prêtres et évêques, les a persécutés. Ils voient dans ces hommes des ennemis ou au minimum des gens qui ne les comprennent pas. Il est certes vrai que des évêques, des prêtres ou des diacres ont pu déclarer ou commettre des choses blessantes ou odieuses. Je crois cependant qu’ils sont minoritaires parmi la hiérarchie, que leur influence est en train de baisser sous le pontificat de François et que les gestes posés par certains responsables catholiques aident à apaiser cette blessure.

Quelle serait une réponse chrétienne à une hostilité ressentie envers certaines autorités de l’Eglise ? Laissez moi vous raconter une histoire. Quand j’avais vingt-sept ans, j’ai annoncé à mes parents que j’entrais chez les jésuites. Je leur ai jeté la nouvelle au visage sans les avoir prévenu auparavant ; je ne leur avais même pas dit que c’était un chemin auquel je pensais. Sans surprise, ils étaient troublés et en colère. Ma décision leur semblait irréfléchie, ce qui, à mon tour, m’a troublé et mis en colère. Je me disais : « Comment peuvent-ils ne pas voir ce qu’il m’arrive ? Comment ne peuvent-ils pas me comprendre ? En réponse, mon accompagnateur spirituel m’a rappelé : « Tu as eu vingt-sept ans pour te faire à cette idée, Jim. Et tu les as mis devant le fait accompli. Laisse-leur du temps. »

Aussi difficile que cela puisse sembler et sans mettre de côté la souffrance de beaucoup de personnes LGBT dans l’Eglise, je me demande si la communauté LGBT peut faire ce don à l’Eglise institutionnelle de lui laisser du temps. Du temps pour vous connaître. Vraiment, une communauté LGBT ouverte et publique est quelque chose de nouveau, même au cours de ma vie. Vraiment, le monde ne commence qu’à peine à vous connaître. Et il en est de même pour l’Eglise. Je sais que c’est un fardeau, mais ce n’est pas si surprenant : connaître les gens prend du temps. C’est pourquoi la communauté LGBT peut offrir l’Eglise institutionnelle le don de la patience.

Une autre attitude chrétienne si, après tout cela, vous percevez toujours certains membres de la hiérarchie comme vos ennemis, consiste à prier pour eux. Et là, ce n’est plus moi qui l’affirme, c’est Jésus.

Délicatesse. Revenons-en à ce mot magnifique. Nous pouvons l’utiliser dans son sens de ne pas dénigrer les évêques ou la hiérarchie. Une fois de plus, ce n’est pas affaire de courtoisie mais de charité chrétienne.

Mais j’aimerais utiliser le mot « délicatesse » d’une autre manière. Je souhaite inviter la communauté LGBT à davantage réfléchir sur l’auteur d’une déclaration et son contexte. Comme catholiques, nous croyons qu’un enseignement peut revêtir différents degrés d’autorité. Chaque membre de la hiérarchie ne s’exprime pas avec le même degré d’autorité. Voici un exemple facile : ce que dit le pape dans une encyclique n’a pas la même autorité que l’homélie d’un prêtre en paroisse. Il y a différents niveaux d’autorité dans l’enseignement : d’abord les Evangiles, puis les conciles et enfin les déclarations d’un pape. Et même dans les déclarations d’un pape, il y a différents niveaux d’autorité. Au sommet se trouveraient les constitutions et les encycliques, adressées à toute l’Eglise, puis les exhortations apostoliques et les motu proprios, puis les homélies quotidiennes du pape et ses discours. Il est important d’être sensible à cela. Il y a également des documents issus de synodes et de chaque congrégation du Vatican. Enfin, au niveau local, les documents produits par les conférences des évêques et les synodes diocésains. Tous possèdent un niveau d’autorité différent. Ils doivent être lus attentivement et dans la prière, mais il faut savoir qu’ils n’ont pas tous la même autorité.

Bien sûr, la hiérarchie n’est pas la seule à s’exprimer avec autorité. L’autorité parle par la sainteté également. Des hommes et femmes saints qui n’appartiennent pas à la hiérarchie, comme Ste Thérèse de Calcutta, et des laïcs saints, comme Dorothy Day ou Jean Vanier, s’expriment avec autorité.

De plus, faites attention à ce que les médias appellent « l’enseignement de l’Eglise ». Il y a quelques semaines, j’ai lu le titre suivant : « Le Vatican demande au clergé de limiter les homélies à huit minutes ». Je me suis demandé : « Le Vatican ? » Bien sûr, après une lecture attentive, on découvre quelque chose de différent : c’était la suggestion d’un évêque. Le titre était erroné, le « Vatican » n’avait rien demandé de tel. Alors, une fois de plus, soyez attentifs.

Nous sommes invités par ailleurs à prêter attention aux destinataires d’une déclaration en provenance du pape ou d’une congrégation romaine) : c’est à l’attention du monde entier, et pas seulement de l’Occident, et pas seulement des Etats-Unis. Quelque chose de banal aux Etats-Unis peut être choquant en Amérique Latine ou en Afrique. A ce sujet, j’ai été déçu par la réaction de certains catholiques LGBT américains suite à l’exhortation apostolique sur la famille, Amoris lætitia (« La joie de l’amour »). Ce document affirme la chose suivante : « nous désirons d’abord et avant tout réaffirmer que chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, avec le soin d’éviter  ‘‘toute marque de discrimination injuste » et particulièrement toute forme d’agression et de violence. Il s’agit, au contraire, d’assurer un accompagnement respectueux des familles, afin que leurs membres qui manifestent une tendance homosexuelle puissent bénéficier de l’aide nécessaire pour comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu dans leur vie » (n° 250).

Le pape nous rappelle que, « d’abord et avant tout », les personnes LGBT doivent être traitées avec dignité. C’est une déclaration considérable où, au passage, il ne fait aucune mention de « désordre intrinsèque ». Pourtant, des catholiques LGBT de ce pays ont rejeté ce passage en considérant que cette exhortation n’allait pas assez loin.

Ce n’est peut-être pas suffisant en Occident, mais le pape n’écrit pas uniquement pour l’Occident ou les Etats-Unis. Pensez à cette déclaration dans un pays où la violence contre les personnes LGBT est générale et dans lequel l’Eglise reste silencieuse. Ce qui semble anodin aux Etats-Unis est extrêmement fort dans d’autres parties du monde. Ce qui est évident pour un évêque est un vrai défi, voire une position dangereuse pour un autre évêque. Ce qui peut sembler aride aux personnes LGBT d’un pays peut s’avérer être, dans un autre pays, une source en plein désert.

Nous sommes donc appelés à user de délicatesse en de multiples manières.

Ensemble sur le pont

Pour résumer, une invitation est lancée à la fois à l’Eglise institutionnelle et à la communauté LGBT : franchir un pont de « respect, compassion et délicatesse » réciproques.

Entendre cela peut se révéler difficile pour la communauté LGBT. Il est pénible de s’engager sur ce pont. Mais il peut en être de même pour les évêques. Ce pont n’est facile dans aucune direction. Sur ce pont, comme dans la vie, il y a des péages : cela nous coûte de vivre une existence empreinte de respect, de compassion et de délicatesse. Mais faire confiance à ce pont revient à croire qu’un jour, des gens le traverseront facilement de part et d’autre, et que la hiérarchie catholique et la communauté LGBT seront capables de se rencontrer, de s’accompagner et de s’aimer. C’est la confiance en une unité selon le désir de Dieu.

Nous sommes tous sur ce pont, tous ensemble. Parce que, bien sûr, ce pont est l’Eglise. Et que de part et d’autre, chaque groupe reçoit de l’accueil, de la communion et de l’amour.

En conclusion, je voudrais dire quelque chose en particulier pour la communauté LGBT. En des périodes difficiles, vous pourriez vous demander ce qui maintient ce pont. Qu’est-ce qui l’empêche de s’effondrer sur les rochers ? De disparaître dans les eaux tumultueuses ? L’Esprit Saint : il soutient l’Eglise et il vous soutient.

Car vous êtes les enfants aimés de Dieu : en vertu de votre baptême, vous avez autant le droit d’être membre de cette Eglise que le pape, votre évêque ou moi-même. Bien sûr, ce pont compte des pierres fissurées, des bosses et des nids-de-poule. En effet, les membres de cette Eglise ne sont pas parfaits. Nous ne l’avons jamais été, demandez à St Pierre ! Et nous ne le serons jamais. Nous sommes tous des personnes imparfaites, nous nous efforçons de bien faire à la lumière de notre vocation propre. Nous sommes tous des pèlerins en chemin, des pécheurs aimés qui répondons à l’appel entendu lors de notre baptême et qui continuons de l’entendre toute notre vie durant.

Pour faire court, vous n’êtes pas seuls. Des millions de vos frères et sœurs catholiques font route avec vous, tout comme vos évêques, alors que nous traversons ensemble ce pont bien qu’imparfaitement. Plus important encore : nous sommes accompagnés par Dieu, lui qui réconcilie tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, lui qui est l’architecte, le constructeur et la fondation de ce pont.

(traduit par un lecteur français)

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alex smith
9 months 4 weeks ago

Typical Fr. Martin. He won't mention the elephant in the room. Why will he not say that sexual relations between people of the same sex is a mortal sin and any sexual activity outside of marriage of a man and a woman is sinful. He will not say that to a gay person yet heterosexuals know that the scripture teaches against sexual impurity. Every passage the scripture talk about fornication or sexual conduct goes for the gays as well as everyone else. he seems to think they don't apply to gays. Also he makes them analogous to a group of people based on race is demeaning to them. they are gay because they like to have sex with people of their sex. this is a sexual proclivity. Are you going to group everyone by the deviant sexual proclivity? Jesus said to the woman at the well you had 5 husbands and the one you are with is not your husband. he said to the women caught in adultery go and sin no more. Fr. Martin refuses to say that to gay people. he only tells them to come as you are. Not the Gospel or the teaching of Jesus. This is why people have a problem with gays. refuse to repent of their sinful behavior. We all come to Jesus as repentant sinners and Father Martin refuses to demand this of them. Sexual oreintation is not the same of race. They choose to have sex with someone. And they must repent and if they are ''married' they should not work for the Church. The Church would never let a man shacking up with someone to be a leader in the Church. You demand very little from gays. All this kumbya mess is not the gospel. Jesus came to die for sinners not to tell us to feed the poor or be nice. We have social workers for that. Social gospel is two scripture passages in the whole bible. Read Romans Fr. not reduce the gospel into selective scritpures

Benoit Gautier
9 months 4 weeks ago

Hi everyone at America, thanks to the translator, I've been translating some of your articles for my french-speaking friends (for private use of course). I've translated your interview with Mr. Garfield recently. If you want some of your articles translated by a non professional reader like me, feel free to contact me.

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